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The Conversation

  • Written by Jean-Éric Branaa, Maître de conférences politique et société américaines, Université Paris II Panthéon-Assas

Après 17 mois d’une campagne étourdissante, menée tambour battant, et qui avait vu la tempête Trump prendre le dessus sur tous ses rivaux au sein du Parti républicain, l’activité a redoublé d’intensité pendant la transition, avec la guerre ouverte menée contre la presse, les inquiétudes sur la montée de l’alt-right –courant réactionnaire du Parti républicain qui était tombé en désuétude–, la nomination du gouvernement le plus conservateur, le plus riche ou le plus militaire des cinquante dernières années, et les crises ouvertes avec la Chine, le Mexique, l’Europe, ou avec quelques groupes ou personnalités comme la CIA, les constructeurs automobiles ou Barack Obama en personne.

En réalité, il s’agissait pourtant d’une pause si on en juge par ce premier mois qui a suivi, d’une présidence omniprésente et menée à bâtons rompus. Ceux qui n’ont pas su en profiter pour reprendre des forces ont alors été emportés dans le tourbillon de ces premiers jours. Car il semble bien que le nouveau président a voulu assommer tout le monde : l es décrets se sont enchaînés les uns derrière autres, mais aussi les controverses, de nouvelles attaques contre la presse ou des modèles qui ont explosé et laissé tous les observateurs sur le carreau, épuisés.

Si cela ne fait donc qu’un tout petit mois que Donald Trump est au pouvoir, la cérémonie d’investiture semble pourtant déjà bien loin et le monde entier ne cesse de se demander encore et encore ce qui est arrivé à l’Amérique et qu’est-ce qui va encore bien pouvoir arriver.

Il fait ce qu’il a dit

Rapidement, il a bien fallu se rendre compte que l’agenda politique qui était suivi respectait les promesses faites pendant la campagne. Balayant les critiques qui pleuvaient sur lui, le nouveau locataire de la Maison-Blanche a appliqué un plan de mise en place de sa politique qui apparaissait comme beaucoup plus rationnel et réfléchi que celui qu’avaient prévu beaucoup de commentateurs.

Les épisodes de la transition ont alors semblé prendre du sens, notamment en politique étrangère : s’il avait haussé le ton, c’était donc pour suivre un plan minutieusement pensé. On a découvert que le slogan « l’Amérique d’abord » pouvait véritablement servir de colonne vertébrale à cette politique et qu’il faudrait s’en accommoder. Les annonces se sont succédées, de la renégociation de l’Alena au retrait du TPP, en passant par la menace de retirer à l’ONU son financement.

On a surtout retenu le lancement du mur – la mesure si symbolique de sa campagne – et qui sera peut-être payé par une taxe à venir sur les produits mexicains. On a pu également noter une accélération des procédures d’expulsion, la coupure des fonds aux ONG pro-avortement, la reprise des projets d’oléoducs, de la baisse des aides fédérales pour les migrants ou l’interdiction d’entrée pour les ressortissants en provenance de sept pays, qui a déclenché une réprobation mondiale.

On a aussi vu naître une inquiétude, diffuse au départ, et qui est progressivement devenue plus présente, avec une multiplication des manifestations partout dans le pays.

La présidence, une entreprise familiale

Si le mot qui revient le plus dans la bouche du nouveau président est celui de « rupture », on peut constater que cela s’applique également à la manière dont les décisions se prennent désormais jusqu’au sommet du pouvoir. Les caractéristiques traditionnelles d’une présidence ne sont pas respectées et il faut bien se rendre à l’évidence : la Maison-Blanche est devenue une « entreprise familiale ».

Le clan Trump a pris possession, non seulement des lieux, mais de tous les espaces de décisions. Les enfants ont une place dans la plupart des conseils, réunions ou rencontres officielles, Ivanka figurant en bonne place, mais pas seulement elle. Son mari, Jared Kushner, est désormais conseiller spécial du président, avec une présence très remarquée dans plusieurs dossiers, dont celui des relations avec Israël ou du Proche Orient.

En dehors de son cercle familial, trois personnalités semblent se démarquer dans son équipe : la conseillère Kellyanne Conway, très exposée médiatiquement, ainsi que Steve Bannon et Steve Miller, les conseillers stratégiques. Tout cela n’est pas rassurant. Car Donald Trump a beaucoup de mal à faire confiance et fonctionne depuis toujours avec un tout petit nombre de personnes : il en a été ainsi dans le monde des affaires durant toute sa carrière et on sait que l’homme n’hésite pas à se séparer de ses plus fidèles collaborateurs ou ses soutiens si cela devient nécessaire. Cette instabilité inquiète, donc. Les trois conseillers sont, pour l’instant, ceux qui parlent dans l’oreille du président.

Reste à savoir combien de temps Donald Trump les écoutera avant de s’en séparer et de passer à autre chose.

La présidence dans la tourmente

Cette heure pourrait arriver bien plus tôt qu’on ne le pense : car, déjà, cette présidence est dans la tourmente et Donald Trump va devoir très vite trouver un nouveau rebond. Après les critiques de l’ex-procureure générale Sally Yates, qui a refusé d’appliquer le décret migratoire et a été renvoyée, Donald Trump a dû affronter la colère des juges : le juge Ann Donnelly, à Washington, D.C., puis le juge Robart à Seattle et la Cour d’appel de San Francisco. Même son nominé à la Cour Suprême, Neil Gorsuch, l’a durement critiqué.

Donald Trump a alors appris qu’être au pouvoir ne signifie pas avoir tous les pouvoirs, et il lui a fallu reculer et composer. Dans ses propres rangs, la contestation a commencé à poindre : en voulant gouverner d’une façon peu orthodoxe, Trump découvre à ses dépens que la patience de ses opposants pourrait finir par payer : pour cette leçon, il lui a fallu sacrifier le général Flynn et Andy Puzder, dont la confirmation au Sénat a été rejetée par le Parti républicain.

Celui qui avait promis de renverser la table, de « nettoyer le marécage de Washington », d’être celui qui pourrait tout changer et s’opposer, seul contre tous, à la machine du pouvoir, fait désormais face à l’establishment, qui semble reprendre le dessus. Le doute s’installe même chez ses plus fervents supporters qui comprennent que le candidat qu’ils ont soutenu, avec sa fougue, sa hargne et ses outrances, pourrait à son tour se faire emporter au plus profond de l’appareil washingtonien. Il va lui falloir maintenant introduire ses premières lois. Il va alors découvrir un autre pouvoir en face de lui, et pas des moindres : le Congrès.

Le deuxième mois va être difficile pour Donald Trump.

Authors: Jean-Éric Branaa, Maître de conférences politique et société américaines, Université Paris II Panthéon-Assas

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